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Le Meilleur des designers marocains

Texte : Corinne Cauvin Photos : DrCouleurs Maroc n°54 - Avril/Mai/Juin 2016

Souvent diplômés de prestigieuses écoles, les designers marocains reviennent exercer, avec le cœur, dans leur pays natal. Très attachés au patrimoine artisanal du pays qu’ils œuvrent à perpétuer vivant, ils s’inspirent des traditions mais en les transfigurant.  À la fois ethniques et contemporaines, leurs créations surprennent par l’extrême diversification de leurs matériaux, des plus nobles aux plus déconsidérés. Au-delà du simple critère esthétique, en collant à une réalité pratique elles subliment l’ordinaire.

Designers marocains : Qui sont-ils ?

Les designers marocains chérissent les traditions artisanales dont ils cherchent, quelle que soit l’originalité de leurs innovations, à perpétuer le génie, la diversité régionale et les micros savoir-faire, intelligemment réadaptés aux goûts du jour et aux marchés contemporains.

Hicham El Madi

Les designers marocains n’hésitent pas à diversifier leurs matériaux. Par exemple Hicham el Madi crée un design d’ameublement qui décoiffe particulièrement la tradition. Très attaché à puiser son inspiration dans le répertoire des arts décoratifs berbères et andalous, il y mêle tout autant des influences scandinaves. S’il aime utiliser la céramique et le bois, il y adjoint de plus en plus de matériaux de notre temps comme le pneu, l’aluminium, le métal, le néoprène, le valcromat ou le PVC. Très tourné vers les savoir-faire ancestraux, il y combine les moyens technologiques modernes : informatique, gravure et découpe au laser. Ses créations, fonctionnelles bien sûr mais aussi très ludiques, s’organisent en collections de formes stupéfiantes.

Younes Duret

Investi dans la conception de produits et de systèmes innovants, le design d’espace, de communication et même sonore, Younes Duret joue avec les codes graphiques pour créer un néo-orientalisme. Moucharabiehs miroitants, murs de plâtre stuqués à motifs de zelliges 3 D, mobilier inspiré du zellige, luminaires de plateaux ciselés… Il s’y entend dans l’art du détournement et de la fusion décomplexée des cultures, à l’œuvre à Marrakech dans le restaurant libanais Al Azar ainsi que dans le café concept éphémère Dar l’Fchouch, en darija « la maison des caprices », ouvert au public en collaboration avec la galerie d’art Tindouf pendant toute la durée de la Biennale et donc jusqu’au 8 mai.

Myriam Mourabit

Particulièrement attentive au graphisme et au relief de ses créations, Myriam Mourabit défend de plus en plus l’idée d’un design global, qui la conduit à réaliser des décors de restaurants ou même l’identité visuelle d’un chocolat marocain, épicé de saveurs du pays. Son mobilier et ses objets sur céramique, bois, métal ou bougie présentent des styles épurés, comme le montre sa collection de vaisselle Alif acquise par le Royal Mansour. Si l’on est maintenant assez familier de sa réappropriation des techniques du henné, il faut aller à la rencontre de sa fresque PikZel, réalisée par les ateliers Aït Manos, dont elle conçoit une nouvelle formule prête à poser.

Réda Bouamrani

De style beaucoup plus contemporain, même s’il s’inspire lui aussi de l’art de vivre marocain, le design de Réda Bouamrani est particulièrement inventif et malicieux. Babouches d’esprit Hermès, rocking-chair en forme de luge, table marguerite… Ses créations reposent sur une technicité du geste, très perfectionniste, qui lui est vraiment spécifique. Il s’agit pour lui de trouver de nouvelles formules, comme en chimie. Très attentif aux détails et aux notions d’espace, il crée de nouvelles fonctionnalités aux objets de la vie courante. Considérant que ses créations doivent résister au temps, il emploie surtout des matériaux nobles – bois, cuir et inox – qui soulignent la pureté et la technicité de son design.

Une histoire débutée à l’étranger

Faut-il avoir expérimenté d’autres mondes, d’autres esthétiques et d’autres usages pour être pleinement créatif ? Les designers marocains se sont presque tous formés à l’étranger, dans des établissements réputés : Hicham el Madi à l’Institut Supérieur des Arts appliqués de Paris, Younes Duret à l’École Nationale Supérieure de Création Industrielle, Myriam Mourabit à l’École Supérieure des Arts Appliqués Duperré ainsi qu’à l’École Nationale des Arts Décoratifs de Paris, Réda Bouamrani à l’Académie Charpentier, Sara Ouhaddou à l’École Olivier de Serres, Jamil Bennani à l’École Supérieure des Arts modernes de Paris, Soumiya Jalal à l’École des Métiers d’Art de Montréal…

Les designers marocains : entre récompenses et transmission

De l’artisanat marocain autant que de leurs créations, les designers marocains sont fiers d’être les ambassadeurs à l’occasion des expositions où ils sont conviés. Œuvrant à la perpétuation des traditions artisanales du pays et à la reconnaissance de ses designers, le Groupe Holmarcom créait il y a un peu plus d’un an la Galerie H, un espace d’exposition et d’échanges dédié aux synergies entre design et artisanat.

Une reconnaissance nationale et internationale

Myriam Mourabit, Réda Bouamrani, Hicham El Madi, et plus récemment les talents émergents et autodidactes Soufiane Tiglyène, Mouna Fassi Fihri, Khalid Darnaoud & Made in Diva, Kanza Ben Chérif y ont déjà présenté des collections inédites ayant en commun : leur intégration de données culturelles spécifiques au pays, leur travail main dans la main avec des maalems prêts à innover et réinterpréter leurs savoir-faire, leur association très inventive de techniques traditionnelles et de nouveaux matériaux, ainsi que leur capacité à revisiter formes et usages des objets et du mobilier quotidien.

Sur la scène internationale, rappelons l’envergure des expositions de l’Institut du Monde Arabe : « Le temps du Maroc », en 1999-2000, de laquelle devait naître une Marocamania. Puis « Le Maroc Contemporain », en 2014-2015, où ils étaient tous, ou presque : Hicham el Madi, Réda Bouamrani, Jamil Bennani avec un mobilier d’art inspiré de la culture sahraouie. Myriam Mourabit, Meilleur Design Produit des Morocco Awards en 2013, dont les objets ont été aussi exposés au Bergdorf Goodman de New York et au Grand pavillon marocain d’Abu Dhabi, y était représentée par sa grande fresque PikZel. Avant cela, en 2011, tous ceux-là avaient également leurs vitrines dans le luxueux magasin londonien Harrods à l’occasion de l’exposition Inspiring Morocco. Sara Ouhaddou effectue des résidences à New York, en Afrique du Sud, à Dubaï… La théière Bildi de Younes Duret a été achetée par le Victoria & Albert Museum de Londres. Yahya a exposé à l’Institut du Monde Arabe en 2013 une exceptionnelle calligraphie monumentale, sculptée dans l’acier, le laiton et le maillechort, réalisée avec le peintre Mehdi Qotbi. Les « étendards d’émotions » de Soumiya Jalal sont exposés jusqu’au Japon, où elle est très émue de voir reconnue leur universalité.

Un design participatif

C’est l’une des fiertés de certains designers, que de pouvoir transmettre leurs dynamiques de création à des artisans qui n’ont pas eu le privilège d’étudier – et encore moins à l’étranger. Hicham el Madi et Réda Bouamrani ont ainsi participé à plusieurs workshops, à Fès et à Marrakech, impliquant des designers hollandais ou le célèbre architecte Édouard François.
Soumiya Jalal, grâce à son statut de maître artisan, participe aux Journées du Patrimoine et a conduit des formations à Fès et Marrakech, qui favorisent la transmission des savoir-faire et stimulent la créativité des tisserands.

Sara Ouhaddou montre également de belles initiatives de design social. Après avoir été designer de marques célèbres telles que Lancôme et Armani, elle a choisi depuis plusieurs années de se consacrer à la recherche d’issues esthétiques, techniques, économiques et sociales au dépérissement des savoir-faire artisanaux broyés par les logiques de la mondialisation. Elle a ainsi conduit trois projets au Maroc, l’un de ré-impulsion de la broderie de Tétouan, l’autre de création de zelliges à l’Ourika, le dernier enfin de réinterprétation du tapis Bou-Charouite, tissage actuellement le plus répandu en raison des faibles coûts de ses matières premières. L’un des deux grands tapis rebaptisés Bou-Oumlil (« Blanc », en berbère) intégrait l’an dernier à Marrakech l’exposition Féminin Pluriel, l’autre s’envolait vers la côte ouest des États-Unis pour être montré aux designers et artisans de l’International Studio & Curatorial Programme de New York.

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